Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

Sur les chemins de l’enfance

C’est à la mort d’Harper Lee en février 2016 que je pris réellement conscience de l’ampleur du phénomène qui entoure Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. Véritable plaidoyer pour la Justice paru en pleine lutte des droits civiques aux Etats-Unis, Prix Pulitzer 1961, vendu à près de 40 millions d’exemplaires dans le monde entier, adapté au cinéma avec dans le rôle phare Gregory Peck, resté longtemps l’unique livre publié d’Harper Lee, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur pour toutes ces raisons est devenu un livre culte, un de ces livres qu’il faut absolument avoir lu.

C’est cet automne que Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur fit son entrée dans ma PAL (Pile A Lire). L’élément déclencheur : la lecture (très prenante, je le rappelle) du polar Magic Time de Doug Marlette. Doug Marlette y assume complètement toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé dans le livre cultissime d’Harper Lee. De quoi éveiller encore plus ma curiosité…. Et c’est l’esprit en vacances, sur un vol long-courrier Zürich – La Havane que ma lecture commença.

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Années 1930, Maycomb en Alabama. Dans cette petite ville du Sud des Etats-Unis, Jem et Scout, depuis la mort de leur mère, sont élevés par leur père, Atticus Finch, avocat établi et respecté. Les jours s’écoulent au rythme de l’école, des jeux d’enfants, des moments de complicité partagés avec leur père et de la fascination exercée par leur mystérieux et si discret voisin. Mais un événement vient perturber cette vie si bien rangée.  Atticus est commis d’office pour défendre Tom Robinson, un jeune Noir, accusé d’avoir violé une femme Blanche.

En adoptant le point de vue de Scout, Harper Lee livre un roman savoureux sur l’enfance et les drames, les joies, l’espièglerie, l’inventivité et la curiosité qui vont avec. Les premières pages sont un vrai enchantement si merveilleusement écrites qu’elles ramènent en enfance, là où l’insouciance est reine. Puis le procès éclate et Scout se retrouve au milieu de la tempête, sans vraiment comprendre les enjeux. Pourquoi est-elle prise à partie par ses camarades de classe ? Pourquoi défendre un Noir est-il si préjudiciable ? Pourquoi existe-t-il deux églises, une réservée aux Blancs, l’autre aux Noirs ? Et c’est là que le livre prend de la substance, car à toutes ces interrogations enfantines, Harper Lee via Atticus Finch y répond. Avec patiente, justesse, impartialité et sans manichéisme.

J’ai été bouleversée par cette lecture et c’est d’ailleurs très difficile à exprimer. Plusieurs semaines après avoir refermé le livre, ce qu’il me reste en mémoire, c’est le personnage d’Atticus Finch. La figure paternelle, le sage, l’inébranlable qui contre vents et marées fait ce qui est juste et transmet des valeurs de respect et de tolérance à ses enfants dans un climat pourtant hostile. Ce livre donne l’envie d’avoir en soi un petit peu d’Atticus Finch, ce qui lui confère sa portée universelle et intemporelle.

Avis de Gwenn Ha Lu : un vrai, un authentique chef d’œuvre.

coup-de-coeur

Le saviez-vous ?

  • Harper Lee et Truman Capote sont tous deux originaires de Monroeville, en Alabama et se connaissent depuis leur plus jeune âge. D’ailleurs, il est dit que Truman Capote aurait servi de modèle pour le personnage de Dill. Harper Lee a d’ailleurs accompagné et encouragé Truman Capote dans ses recherches pour son livre De sang-froid et  lui dédit d’ailleurs ce roman.
  • Le procès de Tom Robinson aurait été inspiré par l’affaire Scottsboro, en 1931. Lors d’un voyage en train entre Chattanooga et Memphis, deux femmes blanches accusèrent de viol neuf jeunes noirs. Avec peu d’assistance juridique, un procès expéditif et à charge (les rapports médicaux prouvaient qu’il n’y avait pas eu viol et que les deux femmes avaient donc menti), ils furent reconnu coupables et condamnés à mort. Devant les manquements évidents d’équité lors du procès, l’affaire fut portée devant la Cour Suprême par le parti communiste américain et le NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) et le verdict cassé. Une longue procédure judiciaire s’ensuivit dans les années 1930, entrecoupée de nouveaux procès et d’arbitrages de la Cour Suprême, sans pour autant qu’elle ne débouche sur l’acquittement. Les condamnés furent progressivement libérés sur parole dans les années 1940 et 1950, (le dernier le fut en 1976). Et c’est seulement en 2013 que tous les condamnés furent graciés, 82 ans après leur condamnation et 24 ans après la mort du dernier accusé.
  • Harper Lee après l’énorme succès de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur en 1960 n’a plus jamais publié un roman ni une nouvelle pendant 55 ans ! La peur de ne jamais égaler le succès de son premier roman l’aurait-elle freiné dans l’écriture d’un nouvel ouvrage ? Impossible de le savoir, puisque sa dernière interview remonte à 1964.va-et-poste-une-sentinelle-chronique-litteraireMais en janvier 2015, elle change d’avis en publiant Va et poste une sentinelle, son deuxième roman. Il s’agirait d’un manuscrit retrouvé à la mort de la sœur (et agent) d’Harper Lee en novembre 2014. Il aurait été écrit dans les années 1950 et serait une ébauche, un premier jet de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. Scout, Atticus Flinch, l’Alabama, Maycomb et les  tensions raciales y sont déjà mis en scène. Une éditrice aurait lu ce manuscrit, mais l’aurait refusé tout en recommandant à Harper Lee de développer l’intrigue dans les années 1930 et du point de vue de Scout, enfant. Ainsi naquît Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur.Ne lisez pas Va et poste une sentinelle, pour connaitre la suite de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – ce qu’il n’est pas et vous seriez déçus –  mais plutôt comme le dénouement de la carrière atypique d’écrivaine d’ Harper Lee.

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